Comment fonctionne un réacteur à fusion nucléaire comme ITER ?
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La fusion nucléaire représente l’une des pistes les plus prometteuses pour répondre aux défis énergétiques du XXIe siècle. Contrairement à la fission, qui consiste à casser des noyaux lourds comme ceux de l’uranium, la fusion vise à reproduire sur Terre le mécanisme qui alimente le Soleil et les étoiles : la fusion de noyaux légers, comme ceux du deutérium et du tritium, deux isotopes de l’hydrogène. Ce processus, s’il est maîtrisé à grande échelle, pourrait fournir une énergie quasi illimitée, propre et sans émission de gaz à effet de serre. ITER, le projet international en cours de construction à Cadarache en France, incarne cette ambition en testant les technologies nécessaires pour rendre la fusion nucléaire viable à l’échelle industrielle.
Un plasma chauffé à des températures stellaires
Pour que la fusion nucléaire se produise, les noyaux de deutérium et de tritium doivent surmonter leur répulsion électrostatique naturelle, un phénomène connu sous le nom de barrière de Coulomb. Cela nécessite des températures extrêmes, dépassant 150 millions de degrés Celsius, soit dix fois plus chaud que le cœur du Soleil. À ces températures, les électrons se séparent des noyaux, formant un plasma, un état de la matière où les noyaux sont libres de fusionner. Cependant, un tel plasma ne peut être contenu dans un récipient matériel, car il le vaporiserait instantanément. C’est pourquoi ITER utilise des champs magnétiques générés par des aimants supraconducteurs, capables de confiner le plasma dans une structure en forme d’anneau appelée tokamak, sans qu’il ne touche les parois.
Le rôle clé des champs magnétiques dans un tokamak
Le tokamak, acronyme russe signifiant "chambre toroïdale à bobines magnétiques", est la technologie retenue pour ITER. Son cœur est constitué d’un système de bobines magnétiques qui génèrent un champ magnétique toroïdal (en forme d’anneau) et poloïdal (vertical), créant une configuration magnétique complexe appelée "champ magnétique hélicoïdal". Ce champ en spirale guide les particules chargées du plasma, les maintenant en suspension loin des parois du réacteur. Le courant électrique induit dans le plasma lui-même contribue également à stabiliser le système. Ces champs magnétiques doivent être extrêmement précis, car la moindre perturbation pourrait provoquer une instabilité du plasma et interrompre la réaction de fusion.
La production d’énergie : neutrons et confinement
Lorsqu’un noyau de deutérium fusionne avec un noyau de tritium, le résultat est un noyau d’hélium (particule alpha) et un neutron, accompagnés d’une libération d’énergie de 17,6 mégaélectronvolts (MeV). L’hélium reste confiné dans le plasma et contribue à maintenir sa température, tandis que le neutron, non chargé électriquement, s’échappe du champ magnétique et frappe les parois du réacteur. Ces neutrons sont capturés par une couverture de lithium, où leur énergie cinétique est convertie en chaleur, qui servira à produire de la vapeur pour actionner des turbines. C’est cette vapeur qui générera finalement de l’électricité. Le lithium joue un double rôle : il permet aussi de produire du tritium, le combustible nécessaire à la réaction, en réagissant avec les neutrons.
Les défis technologiques et environnementaux
Malgré son potentiel, la fusion nucléaire soulève encore des défis majeurs. Le premier concerne la stabilité du plasma : maintenir un plasma à plus de 150 millions de degrés pendant plusieurs minutes, voire heures, sans instabilités, reste un objectif non atteint. ITER vise à démontrer la faisabilité scientifique et technologique de la fusion, mais sa production d’énergie nette n’est pas encore garantie. Par ailleurs, bien que la fusion produise moins de déchets radioactifs que la fission, elle n’en est pas totalement exempte. Les matériaux du réacteur, bombardés par des neutrons, deviennent radioactifs, bien que leur durée de vie soit bien plus courte que celle des déchets de fission. Enfin, le tritium, bien que peu radioactif, est rare et doit être produit artificiellement, ce qui ajoute une couche de complexité logistique.
Un pas vers l’énergie du futur
ITER n’est pas conçu pour produire de l’électricité à grande échelle, mais pour valider les technologies nécessaires à un futur réacteur de démonstration, appelé DEMO, puis à des centrales commerciales. Si ces étapes sont couronnées de succès, la fusion nucléaire pourrait devenir une solution majeure pour décarboner la production d’énergie mondiale d’ici la seconde moitié du XXIe siècle. Contrairement aux énergies renouvelables intermittentes, la fusion offre une production continue, indépendante des conditions météorologiques. De plus, ses ressources en deutérium, abondant dans l’eau de mer, et en lithium, présent dans la croûte terrestre, sont quasi illimitées. Alors que le monde cherche à réduire sa dépendance aux énergies fossiles, ITER représente bien plus qu’un projet scientifique : c’est un pari sur l’avenir énergétique de l’humanité.