Programmation

Où a été inventé le premier ordinateur programmable électronique ?

La réponse

Le premier ordinateur programmable électronique est l'ENIAC, inventé à l'université de Pennsylvanie aux États-Unis. Il a été achevé en 1945 et était capable d'effectuer des calculs complexes, bien que son programmation nécessitait de reconnecter manuellement des câbles et des commutateurs.

En savoir plus

L’histoire de l’informatique moderne commence souvent par une date et un lieu précis : Philadelphie, aux États-Unis, en 1945. C’est dans cette ville, au cœur de l’université de Pennsylvanie, qu’a été conçu et assemblé l’ENIAC, le premier ordinateur programmable électronique. Ce géant de 30 tonnes, occupant une salle entière, marqua un tournant décisif non seulement par sa taille, mais surtout par sa capacité à exécuter des calculs complexes sans intervention mécanique, grâce à l’électricité et aux tubes à vide. Cependant, derrière cette invention révolutionnaire se cache une histoire plus nuancée, mêlant avancées technologiques, contexte historique et collaborations scientifiques majeures.

Un projet né dans l’urgence de la Seconde Guerre mondiale

L’ENIAC, acronyme de "Electronic Numerical Integrator and Computer", fut développé dans le contexte tendu de la Seconde Guerre mondiale. En 1943, l’armée américaine cherchait un moyen de calculer rapidement les trajectoires des obus d’artillerie, une tâche qui prenait alors des heures aux opérateurs humains utilisant des calculatrices mécaniques. Deux ingénieurs, John Mauchly et J. Presper Eckert, proposèrent alors un ordinateur entièrement électronique, capable de traiter les données à une vitesse inégalée. Le projet fut financé par l’armée et mené au sein de l’université de Pennsylvanie, où les chercheurs pouvaient bénéficier d’un environnement académique propice à l’innovation. Bien que l’ENIAC ne fût achevé qu’en 1945, trop tard pour contribuer directement à l’effort de guerre, son développement posa les bases de l’informatique moderne.

Une architecture révolutionnaire, mais une programmation rudimentaire

Contrairement aux ordinateurs modernes, l’ENIAC n’était pas programmable via un langage informatique ou un clavier. Sa programmation reposait sur une méthode manuelle fastidieuse : il fallait physiquement modifier les connexions entre ses 17 468 tubes à vide, 7 200 diodes à cristal et 70 000 résistances en reconnectant des câbles et en ajustant des commutateurs. Ce processus pouvait prendre plusieurs jours, voire des semaines, selon la complexité du calcul à effectuer. Malgré cette limitation, l’ENIAC était capable d’effectuer 5 000 additions par seconde, un exploit pour l’époque. Cette architecture, bien que primitive, démontra pour la première fois la faisabilité d’un calculateur entièrement électronique, sans pièces mobiles.

Un héritage scientifique et des controverses persistantes

L’ENIAC ne fut pas une invention isolée, mais le résultat d’une collaboration étroite entre scientifiques et militaires. Parmi les figures clés du projet figuraient également John von Neumann, un mathématicien hongrois-américain qui contribua à formaliser l’architecture des ordinateurs modernes, connue sous le nom d’"architecture de von Neumann". Cependant, cette collaboration fut aussi le théâtre de tensions, notamment sur la propriété intellectuelle et les brevets. Après la guerre, Mauchly et Eckert quittèrent l’université de Pennsylvanie pour fonder leur propre entreprise, ce qui donna naissance à l’UNIVAC, l’un des premiers ordinateurs commerciaux. Ces rivalités et innovations ultérieures ont façonné l’industrie informatique telle qu’on la connaît aujourd’hui.

L’ENIAC, un symbole dépassé mais fondateur

Si l’ENIAC est aujourd’hui considéré comme le premier ordinateur programmable électronique, il est important de souligner que cette désignation est parfois contestée par d’autres machines contemporaines ou légèrement antérieures, comme le Colossus britannique, développé dans le secret pour décrypter les communications allemandes. Cependant, l’ENIAC se distingue par sa polyvalence et sa capacité à être reprogrammé pour différentes tâches, ce qui en fait un ancêtre direct des ordinateurs modernes. Placé aujourd’hui au Smithsonian Institution à Washington, l’ENIAC reste un symbole de l’ingéniosité humaine face à des défis technologiques colossaux. Son héritage perdure dans chaque machine que nous utilisons, des smartphones aux supercalculateurs.