Histoire de la mode

Pourquoi la robe à crinoline a-t-elle été abandonnée vers 1870 ?

La réponse

La robe à crinoline, avec sa jupe immense maintenue par des cerceaux, a été abandonnée en raison de son manque de praticité dans la vie quotidienne. Les femmes avaient du mal à se déplacer, à s'asseoir ou à monter dans les voitures, ce qui a poussé les créateurs à adopter des silhouettes plus simples et plus fonctionnelles.

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Vers le milieu du XIXe siècle, la crinoline incarne l’élégance ostentatoire de l’ère victorienne. Cette structure en forme de cloche, composée d’anneaux métalliques ou de cerceaux superposés recouverts de tissu, permet à la jupe de s’épanouir jusqu’à des proportions spectaculaires. Pourtant, à partir des années 1860, cette silhouette emblématique commence à perdre de sa popularité, au point de disparaître presque totalement vers 1870. L’abandon de la crinoline ne relève pas d’un simple caprice de la mode, mais d’une combinaison de contraintes sociales, techniques et pratiques qui rendent cette tenue de plus en plus incompatible avec les évolutions de la société industrielle et urbaine.

L’incompatibilité croissante avec l’urbanisation et les transports

L’expansion des villes et le développement des moyens de transport modernes jouent un rôle majeur dans le déclin de la crinoline. À mesure que les réseaux ferroviaires et les rues pavées se généralisent, les déplacements quotidiens deviennent plus fréquents et plus rapides. Or, une robe à crinoline, même légère, pose des défis logistiques majeurs : impossible de monter dans un omnibus ou un train sans risquer d’écraser ses voisins ou de s’accrocher aux sièges. Les escaliers des nouveaux immeubles hausmanniens, souvent étroits et sinueux, deviennent également un obstacle redoutable. Les femmes, contraintes de se déplacer pour le travail, les courses ou les rendez-vous, expriment leur frustration face à une tenue qui entrave leur autonomie. Les satiristes de l’époque, comme le caricaturiste français Cham, moquent ces silhouettes encombrantes, renforçant l’idée que la crinoline est devenue un anachronisme dans une société en mouvement.

Les limites techniques et les risques pour la santé

Au-delà des désagréments pratiques, la crinoline pose des problèmes de sécurité et d’hygiène qui finissent par peser sur son avenir. Les cerceaux métalliques, souvent mal isolés, peuvent blesser les jambes en cas de chute ou de mouvement brusque, un risque accru dans les rues animées des villes. Les incendies représentent également une menace sérieuse : les tissus légers et les structures métalliques, exposés aux flammes des bougies ou des cheminées, propagent les flammes avec une rapidité alarmante. Plusieurs tragédies, comme l’incendie de l’Opéra de Vienne en 1864 où une spectatrice vêtue d’une crinoline perd la vie, choquent l’opinion publique et accélèrent les critiques contre cette mode. Par ailleurs, les médecins de l’époque, comme le Dr. Jules Guérin, pointent du doigt les risques de déformation du bassin chez les jeunes filles dont les crinolines sont trop serrées, un argument qui commence à être pris au sérieux par les familles soucieuses de santé.

L’évolution des normes sociales et l’émergence du "bon genre"

Le milieu du XIXe siècle voit poindre une transformation des valeurs bourgeoises, où la discrétion et la respectabilité priment sur l’ostentation. La crinoline, symbole d’un luxe ostentatoire, entre en contradiction avec l’idéal du "bon genre", qui valorise la retenue et la moralité. Les traités de savoir-vivre, comme ceux d’Émilie de Girardin, recommandent désormais des tenues plus sobres, permettant aux femmes de se consacrer à leur rôle de mère et d’épouse sans être entravées par des vêtements encombrants. Les mouvements féministes naissants, bien que marginaux, commencent également à critiquer les vêtements qui limitent la liberté de mouvement des femmes, un argument qui sera repris plus tard par les suffragettes. La crinoline, associée à une époque révolue, devient le symbole d’un passé qu’il faut dépasser pour embrasser une modernité plus vertueuse.

La transition vers la tournure et la redéfinition de la silhouette féminine

Le déclin de la crinoline coïncide avec l’émergence d’une nouvelle silhouette, la tournure, qui remplace progressivement les cerceaux par un rembourrage concentré à l’arrière de la jupe. Contrairement à la crinoline, la tournure permet une meilleure mobilité et s’adapte aux nouveaux impératifs de la vie quotidienne. Les créateurs, comme Charles Frederick Worth, pionnier de la haute couture parisienne, jouent un rôle clé dans cette transition en proposant des modèles plus fonctionnels sans sacrifier l’élégance. La tournure, bien que critiquée à son tour pour son artificialité, marque une étape vers une mode plus pragmatique. Elle reflète aussi un changement dans la perception de la féminité : moins une question de volume, la silhouette devient plus dynamique, reflétant les aspirations d’une société en pleine mutation. Vers 1870, la crinoline, reléguée au rang de curiosité historique, laisse place à une nouvelle ère où la mode doit concilier esthétique et praticité.