Quand l'arabe est-il devenu une langue officielle de l'ONU ?
La réponse
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L’arabe occupe une place singulière parmi les langues officielles des Nations unies, non seulement en raison de son ancienneté millénaire, mais aussi de son rôle contemporain dans les équilibres diplomatiques et culturels mondiaux. Son intégration au sein de l’organisation internationale en 1973 marque un tournant symbolique, couronnant des siècles de diffusion linguistique et de transformations géopolitiques. Cette reconnaissance dépasse le simple cadre linguistique : elle consacre l’influence des pays arabes sur la scène mondiale, tout en offrant une visibilité accrue à une langue parlée par plus de 400 millions de personnes.
Une langue aux racines anciennes et à la diffusion étendue
L’arabe n’est pas une langue récente : ses origines remontent au moins au Ier millénaire avant notre ère, avec l’émergence de dialectes dans la péninsule arabique. Cependant, c’est avec l’expansion de l’islam à partir du VIIe siècle que l’arabe devient un vecteur de communication majeur, s’imposant comme langue administrative, religieuse et culturelle sur un territoire s’étendant de l’Atlantique jusqu’à l’Asie centrale. Cette diffusion s’accompagne de la création de variantes régionales, mais le coranique, ou arabe classique, reste la forme de référence. Aujourd’hui, l’arabe standard moderne, dérivé de cette tradition, sert de langue écrite commune à plus de 20 pays, tandis que les dialectes oraux, bien que très diversifiés, restent majoritaires dans l’usage quotidien.
Le contexte géopolitique des années 1970
L’adoption de l’arabe comme langue officielle de l’ONU en 1973 s’inscrit dans un contexte international marqué par des bouleversements politiques. Cette année-là, l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP) joue un rôle actif dans le premier choc pétrolier, rappelant la puissance économique des États arabes. Parallèlement, la guerre du Kippour et la résolution 3379 de l’ONU, qui qualifie le sionisme de « racisme », illustrent les tensions persistantes au Proche-Orient. Dans ce cadre, la reconnaissance de l’arabe répond à une volonté de rééquilibrer la représentation linguistique au sein de l’organisation, tout en reconnaissant l’importance démographique et culturelle des pays arabes.
Un processus d’admission progressif et négocié
L’arabe n’a pas été ajouté du jour au lendemain aux langues officielles de l’ONU. Dès 1946, l’Assemblée générale avait adopté une résolution reconnaissant l’importance de diffuser l’information dans les langues des États membres. Cependant, il fallut attendre le début des années 1970 pour que des États arabes, soutenus par des pays non-alignés, relancent la question. Le processus aboutit en 1973, lorsque l’ONU officialise l’arabe aux côtés de l’anglais, du français, de l’espagnol, du chinois et du russe. Cette admission s’accompagne de la création de services de traduction et d’interprétation dédiés, renforçant la présence de la langue dans les débats internationaux.
Un outil diplomatique et culturel
Depuis 1973, l’arabe a pris une place croissante dans les instances onusiennes, notamment au sein de la Ligue arabe, où il est langue de travail. Son statut officiel permet de publier des documents dans cette langue, facilitant ainsi l’accès à l’information pour les pays arabes et les communautés arabophones. De plus, l’ONU utilise l’arabe pour des campagnes de sensibilisation, comme celles liées aux Objectifs de développement durable, ou pour promouvoir la paix au Proche-Orient. Cependant, malgré cette reconnaissance, l’arabe reste moins présent que les autres langues officielles dans certains domaines techniques ou scientifiques, en raison de la domination historique de l’anglais et du français dans ces secteurs.
Un symbole de diversité linguistique
L’intégration de l’arabe dans le cercle restreint des langues officielles de l’ONU illustre une volonté de préserver la diversité linguistique mondiale. Avec plus de 6 000 langues recensées, l’ONU compte aujourd’hui six langues officielles, chacune représentant une aire culturelle et géographique majeure. L’arabe se distingue par son ancrage dans une histoire à la fois ancienne et contemporaine, ainsi que par son rôle de pont entre l’Afrique et l’Asie. Son statut reflète aussi les défis liés à la standardisation linguistique, notamment face à la fragmentation des dialectes. Pourtant, malgré ces complexités, l’arabe continue de s’imposer comme un pilier de la communication internationale, bien au-delà des frontières du monde arabe.