Quel est le fromage le plus consommé au monde ?
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Avec plus de 20 millions de tonnes produites chaque année, le cheddar s’impose comme le fromage le plus consommé au monde, une domination qui s’étend bien au-delà des frontières de son berceau britannique. Ce fromage à pâte pressée, reconnaissable à sa couleur jaune caractéristique et à sa texture friable, doit son succès à une combinaison unique de facteurs historiques, économiques et gastronomiques. Son parcours, depuis les fermes laitières du Somerset jusqu’aux étals des supermarchés du globe, illustre l’évolution des habitudes alimentaires mondiales et l’influence croissante de l’industrie agroalimentaire sur les traditions fromagères.
Un fromage né des traditions britanniques
Le cheddar trouve ses origines dans le village de Cheddar, dans le comté anglais du Somerset, où les premières traces de sa fabrication remontent au Moyen Âge. Selon les archives locales, les moines de l’abbaye de Cheddar produisaient déjà ce fromage au XIIe siècle, exploitant le lait riche des vaches de la région, nourries dans les pâturages calcaires du Somerset. La méthode originale, appelée "cheddaring", consistait à découper, empiler et retourner les meules de caillé pour en extraire le lactosérum avant de les presser, une technique qui lui confère encore aujourd’hui sa texture dense et son goût légèrement acidulé. Bien que le terme "cheddar" soit protégé dans l’Union européenne pour les fromages produits selon cette méthode traditionnelle, la recette s’est exportée bien au-delà des îles Britanniques, donnant naissance à des variantes locales aux quatre coins du monde.
La révolution industrielle et l’essor du cheddar moderne
L’industrialisation de la production fromagère au XIXe siècle a joué un rôle clé dans l’ascension du cheddar. Aux États-Unis, où le fromage était initialement considéré comme un produit de luxe, des entrepreneurs comme Jesse Williams, pionnier de la production laitière dans l’État de New York, ont adapté la recette britannique pour en faire un produit standardisé et abordable. En 1851, il lança la première usine de cheddar aux États-Unis, marquant le début d’une production de masse. Cette industrialisation s’est accompagnée d’innovations technologiques, comme la pasteurisation du lait, qui a permis une conservation prolongée et une uniformisation du goût, répondant ainsi aux exigences des marchés en expansion. Aujourd’hui, les États-Unis sont le premier producteur mondial de cheddar, loin devant le Royaume-Uni, avec une production annuelle dépassant les 1,5 million de tonnes.
Une adaptabilité culinaire sans égale
Ce qui distingue le cheddar des autres fromages, c’est sa polyvalence exceptionnelle. Son goût, qui oscille entre douceur et notes légèrement salées ou fumées selon les affinages, en fait un ingrédient de choix dans une multitude de recettes. Aux États-Unis, il est l’élément central du mac and cheese, ce plat réconfortant devenu un classique de la cuisine américaine. Au Royaume-Uni, il se décline en versions vieillies pour les plateaux de fromages ou en tranches pour les sandwiches, tandis qu’en Australie et en Nouvelle-Zélande, il est souvent utilisé dans les burgers et les quiches. Même en cuisine internationale, le cheddar s’invite dans des plats comme les arepas vénézuéliennes ou les poutine canadiennes, preuve de son universalité. Cette capacité à s’intégrer dans des cuisines variées, sans altérer les saveurs locales, explique en grande partie son adoption massive.
Un fromage controversé mais incontournable
Malgré sa popularité, le cheddar suscite des débats parmi les puristes et les amateurs de fromages artisanaux. Les versions industrielles, souvent produites à partir de lait pasteurisé et d’additifs, sont critiquées pour leur manque de complexité aromatique et leur texture parfois caoutchouteuse. À l’inverse, les cheddars artisanaux, affinés pendant plusieurs mois, développent des arômes plus nuancés, avec des notes de noisette ou de caramel, et une texture plus fondante. En réponse à cette demande de qualité, des régions comme le Vermont aux États-Unis ou le comté de Somerset au Royaume-Uni ont relancé des méthodes traditionnelles, produisant des cheddars d’appellation protégée. Ces initiatives montrent que, malgré son industrialisation, le cheddar conserve une capacité à évoluer et à se réinventer, tout en restant fidèle à ses racines.