Quel explorateur a réalisé la première circumnavigation de la Terre ?
La réponse
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Au début du XVIe siècle, alors que les cartes du monde restaient encore largement incomplètes, une expédition audacieuse allait marquer un tournant dans l’histoire des explorations maritimes. Initiée sous la bannière du royaume d’Espagne, cette entreprise avait pour objectif bien plus ambitieux que la simple découverte de nouvelles terres : prouver qu’il était possible de relier l’Europe aux riches contrées des épices d’Asie par une route occidentale, en naviguant toujours vers l’ouest. Ce projet, porté par Fernand de Magellan, un navigateur portugais au service de l’Espagne, allait donner naissance à la première circumnavigation de la Terre, un exploit qui allait redéfinir la perception du globe et les ambitions des puissances maritimes de l’époque.
Une expédition née d’un rêve et de rivalités politiques
Fernand de Magellan, né Fernão de Magalhães en 1480 au Portugal, avait d’abord servi sous la couronne portugaise avant de se tourner vers l’Espagne, où il obtint le soutien de Charles Quint pour réaliser son projet. Ce dernier visait à contourner les monopoles portugais sur les routes maritimes vers les Indes, en trouvant un passage vers l’océan Pacifique par le sud du continent américain. Le traité de Tordesillas de 1494, qui partageait le monde entre Espagnols et Portugais, avait en effet laissé à ces derniers le contrôle des voies maritimes orientales, poussant les Espagnols à chercher des alternatives. Magellan, fort de son expérience des voyages en Asie et de sa connaissance des courants et des vents, proposa une route inédite : franchir un détroit encore inconnu à l’extrême sud du continent, puis naviguer vers l’ouest à travers un océan que l’on croyait calme – le Pacifique, ainsi nommé par Magellan en raison de la sérénité relative de ses eaux lors de la traversée.
Le détroit de Magellan, un passage périlleux entre deux océans
La véritable épreuve de cette expédition débuta en novembre 1520, lorsque les cinq navires de la flotte – la Trinidad, le San Antonio, le Concepción, le Victoria et le Santiago – s’engagèrent dans un étroit passage au sud de l’actuelle Patagonie. Ce détroit, aujourd’hui nommé en l’honneur de l’explorateur, fut une épreuve redoutable : des vents violents, des courants imprévisibles et des falaises escarpées rendirent la navigation extrêmement dangereuse. Le Santiago fut même perdu lors d’une reconnaissance, tandis que le San Antonio, commandé par un officier mutiné, fit demi-tour et regagna l’Espagne. Après plus d’un mois de navigation dans ces eaux hostiles, les trois navires restants émergèrent enfin dans un océan d’une étendue insoupçonnée, où ils purent enfin voguer vers l’ouest sans obstacle majeur. Cette traversée marqua l’une des étapes les plus critiques de l’expédition, révélant à la fois les talents de navigateur de Magellan et les défis extrêmes que représentaient les confins de la planète.
Le Pacifique, un désert liquide et ses conséquences tragiques
Une fois sortis du détroit, les équipages découvrirent un océan d’une immensité telle que Magellan le nomma Pacifique, un terme qui, ironiquement, ne reflétait pas la réalité des conditions rencontrées. Contrairement à l’idée reçue, la traversée fut tout sauf paisible : les marins durent affronter des semaines, voire des mois, sans voir la moindre terre, avec des réserves d’eau et de nourriture qui s’épuisaient. Le scorbut, cette maladie due au manque de vitamine C, commença à faire des ravages parmi les hommes. Les descriptions des carnets de bord évoquent des équipages affaiblis, des décisions désespérées et des morts quotidiennes. Lorsqu’ils atteignirent enfin les îles Mariannes puis les Philippines en mars 1521, après près de quatre mois de navigation, ils n’étaient plus que 150 hommes sur les 270 partis trois ans plus tôt. Cette traversée du Pacifique illustra cruellement les limites des connaissances médicales et nautiques de l’époque, tout en soulignant l’audace – et parfois la folie – des explorateurs de l’ère des Grandes Découvertes.
La fin tragique de Magellan et la victoire de l’équipage survivant
L’expédition atteignit les Philippines en mars 1521, où Magellan tenta de convertir au christianisme le souverain local, le rajah Humabon. Cette intervention dans les affaires locales se termina par un conflit armé : Magellan fut tué lors de la bataille de Mactan le 27 avril 1521, victime de son propre excès de confiance et de la résistance des indigènes. Après sa mort, le commandement revint à Juan Sebastián Elcano, qui prit la décision de brûler le Concepción, jugé trop endommagé pour continuer. Avec seulement deux navires, le Trinidad et le Victoria, l’équipage décida de poursuivre vers l’ouest pour tenter de rejoindre l’Espagne. Le Trinidad, commandé par Gonzalo Gómez de Espinosa, tenta de revenir par le nord en traversant le Pacifique, mais échoua et dut rebrousser chemin. Seul le Victoria, sous le commandement d’Elcano, parvint à franchir l’océan Indien, contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance et finalement atteindre Séville le 6 septembre 1522, avec seulement 18 hommes à bord – dont l’italien Antonio Pigafetta, dont le récit détaillé de l’expédition allait devenir une source inestimable pour les historiens.
Un héritage scientifique et géographique durable
Bien que Magellan n’ait pas survécu pour voir l’achèvement de son expédition, la réussite de la circumnavigation eut un impact immédiat et durable. D’abord, elle confirma empiriquement ce que les savants comme Galilée ou Copernic commençaient à théoriser : la Terre était bien ronde, et il était possible de faire le tour du globe par voie maritime. Ensuite, elle ouvrit de nouvelles perspectives pour les puissances européennes, prouvant que les routes occidentales pouvaient, malgré leurs dangers, mener aux richesses de l’Asie. Enfin, cette expédition marqua un tournant dans la cartographie, forçant les géographes à réviser leurs représentations du monde. Les récits des survivants, notamment ceux de Pigafetta, furent traduits et diffusés dans toute l’Europe, inspirant d’autres explorateurs comme Francis Drake ou James Cook. Plus de quatre siècles plus tard, le nom de Magellan reste associé à cette aventure extrême, symbole à la fois de l’audace humaine et des limites que les océans imposent encore aujourd’hui.