Qui a créé les prix Nobel ?
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ersonne ne sait exactement pourquoi Alfred Nobel, l’inventeur de la dynamite, a légué sa fortune à la création de prix récompensant des avancées exceptionnelles. Pourtant, ce testament signé le 27 novembre 1895 à Paris a bouleversé l’histoire des sciences, des lettres et de la diplomatie. Derrière cette décision se cache un homme complexe, marqué par une vie d’inventions et de controverses, dont la dernière volonté allait donner naissance à l’une des distinctions les plus prestigieuses au monde.
Un industriel visionnaire et controversé
Alfred Bernhard Nobel naît le 21 octobre 1833 à Stockholm, dans une famille d’ingénieurs. Son père, Immanuel Nobel, est un architecte et inventeur qui se spécialise dans les explosifs, une passion qui influencera profondément le jeune Alfred. Après des études en Russie et aux États-Unis, ce dernier s’installe en France, où il développe la nitroglycérine avant de mettre au point la dynamite en 1867. Cette invention, bien que révolutionnaire pour l’industrie et les travaux publics, lui vaut aussi une réputation d’homme dangereux. Les accidents liés aux explosifs, dont certains causent des victimes, alimentent une image sombre de Nobel, qui se sent peut-être coupable de ces drames.
Un testament inattendu
Le 27 novembre 1895, dans un appartement parisien du boulevard Malherbes, Alfred Nobel rédige un testament surprenant. Il y lègue l’essentiel de sa fortune, estimée à 31 millions de couronnes suédoises (l’équivalent de plus de 186 millions de dollars actuels), à la création de cinq prix annuels. Ces distinctions doivent récompenser des personnes ayant apporté les contributions les plus remarquables dans des domaines spécifiques : physique, chimie, médecine ou physiologie, littérature, et paix. Contrairement aux attentes de sa famille, qui espérait hériter de sa fortune, Nobel désigne comme exécuteurs testamentaires des personnalités suédoises et norvégiennes, dont le premier lauréat de la paix sera choisi par le Parlement norvégien.
Une exécution complexe et des résistances
La mise en œuvre du testament se heurte à des obstacles juridiques et familiaux. Les proches d’Alfred Nobel, notamment son neveu, contestent le document, arguant que le testateur était sous l’influence de tiers ou mentalement affaibli. En Suède, où la famille possède des intérêts industriels, l’idée de financer des prix scientifiques et littéraires est perçue comme une aberration. Il faut attendre le 26 avril 1897 pour que le Parlement suédois approuve enfin la création de la Fondation Nobel, chargée de gérer l’héritage et d’organiser la remise des distinctions. Les premières cérémonies n’ont lieu qu’en 1901, cinq ans après la mort de Nobel, décédé le 10 décembre 1896 à San Remo, en Italie.
Un héritage qui dépasse les frontières
Les prix Nobel, bien que décernés par des institutions suédoises (sauf le prix de la paix, attribué par un comité norvégien), sont rapidement devenus des symboles de reconnaissance internationale. Dès leur création, ils attirent l’attention du monde entier, notamment grâce à leur dotation financière élevée, qui permet aux lauréats de poursuivre leurs recherches ou leurs œuvres sans contraintes matérielles. Les premiers récipiendaires incluent des figures comme Wilhelm Conrad Röntgen (physique, 1901) pour sa découverte des rayons X, ou encore Sully Prudhomme (littérature, 1901), un choix qui suscite dès lors des débats sur la valeur des œuvres primées. Aujourd’hui, les prix Nobel incarnent l’excellence scientifique et intellectuelle, tout en perpétuant, à travers leur histoire, la mémoire d’un homme dont les inventions ont changé le monde autant que ses remords.