Langue française

Qui était la première femme à être élue à l'Académie française ?

La réponse

Marguerite Yourcenar est la première femme à devenir membre de l'Académie française en 1980. Elle a été élue au fauteuil numéro 3, succédant à l'écrivain Roger Caillois. Son élection a marqué un tournant dans l'histoire de cette institution centenaire, traditionnellement réservée aux hommes.

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L’Académie française, institution emblématique fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu, a longtemps incarné l’élitisme littéraire masculin. Pendant plus de trois siècles et demi, ses membres, les « Immortels », se sont transmis le flambeau de la langue française sans jamais y associer une femme. Cette exclusion symbolique reflétait les normes sociales de l’époque, où l’accès aux cercles du pouvoir intellectuel et politique était largement réservé aux hommes. Pourtant, c’est dans ce contexte que Marguerite Yourcenar a brisé un plafond de verre historique en devenant la première femme élue à l’Académie française en 1980, marquant ainsi un tournant décisif pour la place des femmes dans les institutions culturelles françaises.

L'élection historique de 1980 : un symbole de changement

L’élection de Marguerite Yourcenar à l’Académie française le 6 mars 1980 a été saluée comme un acte de modernisation pour une institution souvent perçue comme figée dans ses traditions. À cette époque, l’Académie comptait 40 fauteuils, tous occupés par des hommes, certains depuis des décennies. Yourcenar, déjà reconnue internationalement pour son œuvre majeure Mémoires d’Hadrien, a été élue au fauteuil numéro 3, vacant depuis la mort de Roger Caillois en 1978. Son élection n’a pas été acquise sans débats : certains académiciens, attachés à l’image conservatrice de l’institution, ont exprimé des réserves. Pourtant, c’est une majorité des votants qui a finalement permis cette avancée, bien que le vote ait été serré, avec 15 voix contre 10 au premier tour.

Marguerite Yourcenar : une carrière littéraire exceptionnelle

Née en 1903 à Bruxelles sous le nom de Marguerite de Crayencour, Yourcenar a adopté un pseudonyme anagrammatique pour signer ses œuvres, un choix qui reflétait déjà son esprit indépendant. Dès ses premiers romans, comme Alexis ou le Traité du vain combat (1929), elle a exploré des thèmes universels comme l’identité, la liberté et la condition humaine, souvent à travers des personnages en marge des normes sociales. Son œuvre la plus célèbre, Mémoires d’Hadrien (1951), a été saluée comme un chef-d’œuvre de la littérature historique, où elle donne la parole à l’empereur romain Hadrien pour une méditation sur le pouvoir, l’amour et la mort. Cette reconnaissance internationale a sans doute joué un rôle clé dans sa légitimité aux yeux des académiciens.

Un parcours marqué par l’exil et la reconnaissance internationale

Yourcenar a passé une grande partie de sa vie hors de France, notamment aux États-Unis, où elle a enseigné la littérature française et s’est installée définitivement dans les années 1950. Son mariage avec Grace Frick, une traductrice américaine, a également contribué à forger son image d’intellectuelle cosmopolite. Cette expérience de l’exil a nourri sa réflexion sur la langue et la culture, qu’elle considérait comme des constructions dynamiques plutôt que des entités figées. Cette vision a probablement influencé sa candidature à l’Académie française, où elle a défendu l’idée que la langue française devait s’enrichir des apports extérieurs plutôt que de se replier sur elle-même.

Les réactions et les conséquences de son élection

L’élection de Yourcenar a suscité des réactions contrastées. Si certains y ont vu une avancée nécessaire pour refléter la diversité des talents littéraires, d’autres ont critiqué cette décision comme un geste symbolique tardif, voire opportuniste. Certains académiciens, comme l’écrivain et résistant Jean d’Ormesson, ont salué son élection comme une reconnaissance de son génie littéraire, tandis que d’autres ont exprimé des réserves sur son absence prolongée du territoire français. Quoi qu’il en soit, cette élection a ouvert la voie à d’autres femmes : en 1988, la romancière Jacqueline Worms de Romilly est devenue la deuxième femme élue, suivie par Hélène Carrère d’Encausse en 1990. Yourcenar elle-même a siégé à l’Académie jusqu’à sa mort en 1987, laissant derrière elle un héritage durable.